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Babelmed
18-01-2005 |
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Considérations sur le malheur arabe,
par Samir Kassir |
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Il fallait un Beyrouthin pour oser ce
livre et ce titre. Auteur en 2003 d'une
Histoire de Beyrouth, Samir
Kassir, Professeur de Sciences
politiques et éditorialiste à
An
Nahar, a osé. Il brosse en
effet un tableau original du "malheur
arabe", de ses racines et de ses
expressions. Pour ce faire, il puise
dans l'histoire et la culture arabes et
convoque tant l'islam politique que le
néo-colonialisme américain ou encore
ausculte les régimes arabes
hégémoniques.
En 100 pages et pour 10 €, ces
Considérations sur la malheur arabe,
publiées chez Actes Sud en novembre 2004
et dont une version arabe est attendue
presque simultanément, éclairent d'un
jour nouveau les réflexions sur le
devenir du monde arabe à l'aube du
troisième millénaire. Pour bref qu'il
soit, cet essai va sans nul doute
captiver les passionés du monde arabe,
même si, inévitablement, il en agacera
quelques-uns.
Un premier paradoxe relevé par l'auteur
réside dans le fait que le malheur arabe
est davantage une affaire de perceptions
que de réalité objective. Plutôt mieux
lotis que nombre de pays en
développement, les pays arabes sont
globalement convaincus que l'avenir est
obstrué et que l'apanage des avancées
démocratiques, de la croissance
économique et de la maîtrise
technologique appartient à d'autres,
qu'ils soient Asiatiques,
Latino-américains ou Africains.
Même lorsqu'ils sont au premier plan de
l'actualité mondiale, comme avec la
guerre en Irak, c'est pour constater
que, si cette guerre a pû être retardée,
ce ne fût par eux mais grâce à la
société civile internationale, cet
altermondialisme dans lequel les
Arabes
n'ont qu'une part infinitésimale.
Cheminant dans son exploration de
l'Histoire, l'auteur nous assène au
passage quelques mises au point
salutaires: que la femme syrienne ait eu
le droit de vote avant la française
n'est pas indifférent dans le concert
actuel de démocratisation universelle;
le rapprochement entre les flagellations
sanguinolantes des Chiites lors
d'Achoura et celles du Vendredi Saint
lors de certaines célébrations en
Espagne ou aux Philippines n'est pas non
plus inutile en cette époque de
démonisation médiatique.
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Le conflit arabo-israélien est bien
entendu mis par Samir Kassir au centre
de la démonstration:
Il n'a
pas fallu attendre l'occupation
américaine de l'Irak, en effet, pour que
le sentiment d'impuissance commence à
ronger les Arabes. A chaque nouvel
épisode de la question de Palestine,
l'impuissance est là, et d'autant plus
déstabilisante que même l'expert le
mieux prévenu du rapport des forces
effectif ne peut manquer de la mesurer
au différentiel démographique entre
Israéliens et Arabes.
S'y ajoute le déficit démocratique de la
quasi-totalité des pays arabes:
Le
sentiment d'impuissance que nourrit
cette domination, et qui est d'autant
plus irrésistible que l'inconscient
arabe le mesure à la nostalgie d'une
gloire oubliée et toujours fantasmée, se
double d'une impuissance citoyenne. Non
seulement les pouvoirs en place ne
peuvent donner ou rendre à leurs Etats
une capacité d'initiative dans les
relations internationales, mais ils
interdisent à leurs citoyens toute
initiative susceptible, sinon de changer
les pouvoirs, du moins de leur
insuffler, par le truchement d'une
participation populaire, une vigueur
renouvelée (…) La crise des idéologies
aidant, il n'y a plus, dès lors, que le
recours à la religion pour canaliser la
frustration et véhiculer la demande de
changement.
On ne saurait être plus limpide. Et pour
mieux enfoncer le clou, l'auteur ajoute
Si
elle résulte d'abord du déficit
démocratique, la montée de l'islam
politique ne saurait être une réponse à
l'impasse des Etats et des sociétés
arabes. Résistance à l'oppression, elle
naît aussi de l'échec de l'Etat moderne
et de l'égalitarisme des idéologies du
progrès et, en ce sens, s'apparente à la
montée des fascismes en Europe (…) C'est
dire combien est fausse l'illusion que
l'islam politique puisse offrir une
possibilité de sortir du malheur arabe,
quand il en est l'un des éléments
constitutifs.
Renverser cette logique du 'malheur
arabe' appelle une remise en question
qui, selon Kassir, n'est pas impossible,
mais
sa difficulté vient de ce que les élites
susceptibles de la promouvoir sont
prises en sandwich entre des pouvoirs
non démocratqieus, le plus souvent
d'ailleurs soutenus par l'Occident
malgré la 'croisade démocratqiue' du
Grand Proche Orient, et les courants de
l'islamisme radical. Et,
dans ce
contexte, une condition urgente: que les
Arabes abandonnent le fantasme d'un
passé inégalable pour voir enfin leur
histoire réelle. En attendant de lui
être fidèle.
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Rédaction
Babelmed
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Considérations sur le malheur arabe,
Samir Kassir, Actes Sud/Sindbad, Arles,
novembre 2004.
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